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Divorce amiable et aide juridictionnelle : qui peut en bénéficier

Divorce amiable et aide juridictionnelle : conditions de ressources, montant pris en charge, formulaire Cerfa, bureau BAJ. Tout ce qu'il faut savoir avant

Laure LaurentLaure Laurent 21 min de lecture
Aide juridictionnelle divorce amiable 2026 : conditions
Divorce & Aide Juridictionnelle

L'aide juridictionnelle permet à un époux aux revenus modestes d'obtenir la prise en charge totale ou partielle des honoraires d'avocat et des frais de notaire dans un divorce par consentement mutuel. Pour 2026, le plafond de ressources est de 12 957 € de revenu fiscal de référence annuel pour l'aide totale. Une règle protectrice interdit de mettre plus de 50 % des frais à la charge du bénéficiaire.

L'aide juridictionnelle permet à un époux aux revenus modestes d'être assisté gratuitement : ou à coût réduit : par un avocat dans le cadre d'un divorce par consentement mutuel. Tous les divorces amiables n'y ouvrent pas droit : l'octroi dépend du niveau de ressources, de la composition du foyer et du respect d'une procédure stricte de dépôt. Une règle peu connue encadre aussi la répartition des frais entre les deux époux quand un seul bénéficie de cette aide, ce qui peut surprendre au moment de la signature de la convention.

En bref

  • L'aide juridictionnelle couvre les honoraires d'avocat, de notaire et de commissaire de justice selon un barème réglementé par l'État.
  • Une seule demande par époux est requise ; chaque époux doit conserver son propre avocat dans un divorce par consentement mutuel.
  • La convention de divorce ne peut jamais mettre plus de 50 % des frais totaux à la charge de l'époux bénéficiaire de l'aide juridictionnelle.
  • Le dossier doit impérativement être déposé avant la signature de la convention de divorce pour être recevable.
  • Le simulateur officiel sur justice.fr permet d'estimer son éligibilité en quelques minutes avant de choisir un avocat.

Qu'est-ce que l'aide juridictionnelle et à quoi sert-elle dans un divorce ?

L'aide juridictionnelle est un dispositif financé par l'État qui prend en charge tout ou partie des frais de justice pour les personnes aux ressources insuffisantes. Instaurée par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, elle s'applique à la plupart des procédures judiciaires et, depuis la réforme du divorce par consentement mutuel de 2017, également au divorce amiable sans juge.

Dans un divorce par consentement mutuel, chaque époux doit obligatoirement être assisté par son propre avocat. La convention rédigée par les deux avocats est ensuite déposée chez un notaire dans un délai de 15 jours après signature. L'aide juridictionnelle intervient précisément sur ces deux postes de dépenses : les honoraires des auxiliaires de justice.

Pour un couple qui souhaite divorcer mais dont les revenus sont serrés, ce mécanisme peut réduire le coût global du divorce de plusieurs milliers d'euros. Encore faut-il comprendre son fonctionnement et ses limites, notamment la règle de répartition des frais entre époux.

Comprendre les spécificités du divorce à l'amiable est essentiel pour estimer le coût total de la procédure.

📌 Important : L'aide juridictionnelle ne couvre que les frais expressément listés par la loi. Les dépenses personnelles (frais de déplacement, copies, etc.) restent à la charge du justiciable, sauf disposition contraire.

Les frais couverts par l'aide juridictionnelle

Les honoraires des professionnels du droit constituent le poste principal pris en charge. Pour un divorce par consentement mutuel, l'aide juridictionnelle couvre spécifiquement :

  • Honoraires d'avocat : l'État rémunère l'avocat selon un barème fixé par décret, qui varie en fonction de la nature de l'intervention et du stade de la procédure. L'avocat perçoit une contribution forfaitaire par acte accompli.
  • Émoluments du notaire : le dépôt de la convention de divorce est soumis à un émolument fixe actuellement de 50,40 € TTC. L'aide juridictionnelle peut le prendre en charge, mais cela dépend du taux d'aide accordé (totale ou partielle).
  • Frais de commissaire de justice : si une signification est nécessaire, ces frais sont également couverts dans le cadre de la mission.

Le bénéficiaire n'a rien à avancer à l'avocat désigné. L'avocat est payé directement par l'État, ce qui évite toute pression financière sur le justiciable pendant la procédure.

Aide juridictionnelle totale ou partielle : quelle différence ?

L'aide juridictionnelle se décline en trois niveaux de prise en charge selon le revenu fiscal de référence du demandeur :

  • Aide totale (100 %) : le justiciable ne paie aucun honoraire. L'État règle intégralement les frais couverts. Plafond de ressources le plus bas.
  • Aide partielle à 55 % : l'État prend en charge 55 % des frais, le bénéficiaire règle les 45 % restants à son avocat. Ce taux intermédiaire concerne les foyers dont les ressources dépassent légèrement le seuil de l'aide totale.
  • Aide partielle à 25 % : prise en charge de 25 % seulement, le bénéficiaire supporte 75 % des honoraires. Destinée aux revenus les plus élevés parmi ceux encore éligibles.

Le taux accordé figure sur la décision du bureau d'aide juridictionnelle. Il détermine la part que l'époux devra effectivement régler à son avocat, en complément de la contribution étatique. Un avocat qui accepte une mission au titre de l'aide juridictionnelle ne peut pas réclamer de supplément au-delà du barème, sauf accord écrit préalable sur une convention d'honoraires complémentaires.

Cette approche facilite grandement la gestion des coûts d'un divorce à l'amiable pour les couples souhaitant divorcer.

Qui a droit à l'aide juridictionnelle pour un divorce ?

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est soumis à trois conditions cumulatives. La première, souvent méconnue, touche à la nationalité et à la résidence du demandeur. La deuxième, plus intuitive, concerne les ressources. La troisième, implicite, tient à la recevabilité même de l'action en justice.

Toute personne physique peut déposer une demande, qu'elle soit demanderesse ou défenderesse à une procédure. Dans un divorce par consentement mutuel, les deux époux sont considérés comme demandeurs conjoints : chacun peut solliciter l'aide séparément. L'instruction des dossiers est individuelle, ce qui signifie qu'un époux peut obtenir l'aide totale pendant que l'autre se voit refuser toute prise en charge.

⚠️ Attention : Les ressources du conjoint ou du partenaire de Pacs sont prises en compte dans le calcul du plafond, tant que la vie commune n'est pas rompue. Cette règle s'applique même si la procédure de divorce est en cours et que les époux vivent encore sous le même toit.

Les conditions de nationalité et de résidence

Pour bénéficier de l'aide juridictionnelle, le demandeur doit remplir l'une des conditions suivantes :

  • être de nationalité française ;
  • être ressortissant d'un État membre de l'Union européenne ;
  • être étranger résidant habituellement et régulièrement en France (titulaire d'un titre de séjour en cours de validité).

Les personnes en situation irrégulière ne peuvent pas prétendre à l'aide juridictionnelle, sauf exceptions très limitées prévues par la loi (notamment en matière de rétention administrative ou de droit d'asile). Le critère de résidence habituelle s'apprécie au moment du dépôt de la demande : il faut justifier d'un domicile stable en France.

Les plafonds de ressources à ne pas dépasser

Les plafonds de ressources pour 2026, issus de la loi de finances et du décret annuel de revalorisation, sont les suivants :

  • Aide totale (100 %) : revenu fiscal de référence mensuel moyen ≤ 1 295 €. Le plafond annuel correspondant est de 12 957 €.
  • Aide partielle à 55 % : RFR mensuel ≤ 1 532 € (15 316 € annuels).
  • Aide partielle à 25 % : RFR mensuel ≤ 1 943 € (19 433 € annuels).

Il est important de noter que le prix d'un divorce avec avocat varie considérablement en fonction de ces seuils.

Ces seuils sont majorés de 1 473 € par personne à charge (enfant, ascendant, conjoint sans ressources). Une personne seule avec deux enfants à charge voit donc son plafond d'aide totale porté à 12 957 + (2 × 1 473) = 15 903 € de revenu fiscal de référence annuel.

Les ressources prises en compte incluent les revenus du travail, les pensions alimentaires reçues, les revenus fonciers et mobiliers. Le patrimoine mobilier (épargne, valeurs mobilières) et immobilier (hors résidence principale) est également examiné : son montant ne doit pas dépasser les plafonds respectifs de 12 957 € pour le mobilier et 38 866 € pour l'immobilier.

Les deux époux peuvent-ils bénéficier de l'aide en même temps ?

Oui, chaque époux dépose sa propre demande et fait l'objet d'une instruction séparée. Cette indépendance des dossiers produit des situations contrastées en pratique :

  • Cas favorable : les deux époux obtiennent l'aide totale, le divorce ne coûte quasiment rien en honoraires.
  • Cas mixte : un époux bénéficie de l'aide totale, l'autre n'y a pas droit car ses revenus dépassent le plafond. C'est la configuration la plus fréquente et la plus délicate, car la convention de divorce doit alors respecter la règle de répartition des frais (voir section dédiée).
  • Cas défavorable : aucun des deux n'est éligible, mais d'autres dispositifs d'aide existent (assurance protection juridique, facilités de paiement proposées par certains avocats).

Même avec une aide juridictionnelle, il n'est pas possible d'opter pour un divorce par consentement mutuel sans avocat, car il est obligatoire d'avoir son propre conseil.

Si l'un des époux se voit refuser l'aide juridictionnelle, il peut former un recours dans un délai de 15 jours devant le président du tribunal judiciaire.

Comment faire une demande d'aide juridictionnelle pour son divorce amiable ?

La demande d'aide juridictionnelle obéit à une procédure administrative rigoureuse. Le dossier doit être déposé avant l'engagement définitif de la procédure de divorce, idéalement dès que le principe du consentement mutuel est arrêté entre les époux. Un dépôt tardif : après la signature de la convention : entraîne l'irrecevabilité automatique.

La démarche peut s'effectuer par voie papier au bureau d'aide juridictionnelle (BAJ) du tribunal judiciaire ou en ligne sur le portail officiel. Le formulaire Cerfa est le document central : mal rempli, il expose à un refus. Les pièces justificatives doivent être complètes dès le premier dépôt, tout dossier incomplet étant rejeté ou suspendu.

💡 À noter : Le BAJ n'exige pas que l'avocat soit déjà choisi au moment du dépôt. Vous pouvez déposer votre demande même si vous n'avez pas encore sélectionné de conseil. En revanche, l'avocat que vous choisirez ensuite devra impérativement accepter les missions d'aide juridictionnelle.

Le formulaire Cerfa 16146*03 : comment le remplir ?

Le formulaire Cerfa n° 16146*03 est le document obligatoire pour toute demande d'aide juridictionnelle. Il comporte quatre pages et se structure en plusieurs rubriques :

  • État civil : nom, prénom, date et lieu de naissance, nationalité, situation familiale.
  • Adresse et coordonnées : domicile actuel, téléphone, courriel.
  • Ressources : avis d'imposition ou déclaration sur l'honneur pour les revenus non imposables. Chaque membre du foyer doit être listé avec ses revenus.
  • Patrimoine : épargne bancaire, valeurs mobilières, biens immobiliers autres que la résidence principale.
  • Procédure concernée : cocher « divorce » et préciser « consentement mutuel ».

Le formulaire doit être signé et daté. Une case spécifique permet de désigner l'avocat choisi, mais elle n'est pas obligatoire au stade du dépôt. Le Cerfa est téléchargeable gratuitement sur service-public.fr et sur aidejuridictionnelle.justice.fr.

Le coût moyen d'un divorce amiable peut être fortement impacté par la prise en charge de ces formulaires.

Où déposer sa demande : le bureau d'aide juridictionnelle (BAJ)

Le bureau d'aide juridictionnelle compétent est celui du tribunal judiciaire dans le ressort duquel se situe le domicile du demandeur. En métropole, chaque tribunal judiciaire dispose d'un BAJ.

Le dépôt peut se faire :

  • Par courrier postal : envoi recommandé avec accusé de réception au BAJ du tribunal judiciaire. L'accusé de réception fait foi de la date de dépôt.
  • En main propre : dépôt au greffe du BAJ contre récépissé. Certains BAJ exigent un rendez-vous préalable, d'autres acceptent le dépôt libre.
  • En ligne : sur le portail aidejuridictionnelle.justice.fr.

Une fois le dossier complet enregistré, le BAJ rend une décision écrite motivée. Le délai de traitement varie fortement selon les juridictions, de 15 jours à 3 mois. Aucun délai légal contraignant ne s'impose au BAJ. En cas de silence prolongé au-delà de deux mois, il est possible de relancer le service par courrier.

Les pièces justificatives indispensables

Le dossier doit contenir, outre le Cerfa dûment rempli et signé :

  • une pièce d'identité en cours de validité (carte nationale, passeport, titre de séjour) ;
  • un justificatif de domicile de moins de trois mois (facture d'électricité, quittance de loyer, attestation d'hébergement) ;
  • le dernier avis d'imposition ou de non-imposition (avis de situation déclarative) ;
  • pour les revenus récents non encore imposés : bulletins de salaire des trois derniers mois ou attestation Pôle emploi ;
  • un relevé des comptes bancaires et livrets d'épargne (tous les comptes, pas seulement le compte courant) ;
  • le livret de famille ou un extrait d'acte de mariage (pour justifier du lien matrimonial dans le cadre d'un divorce).

Les ressources du concubin ou du conjoint doivent être déclarées si la vie commune n'est pas rompue. Omettre un compte bancaire ou un revenu accessoire (revenus locatifs, dividendes) peut faire basculer le dossier au-dessus du plafond et entraîner un refus pour déclaration incomplète.

Aide juridictionnelle en ligne : la démarche dématérialisée

Le portail aidejuridictionnelle.justice.fr permet de déposer une demande entièrement dématérialisée. La procédure en ligne suit les mêmes exigences que le dépôt papier :

  1. Créer un compte personnel sur le portail avec une adresse courriel valide.
  2. Remplir le formulaire numérique équivalent au Cerfa 16146*03.
  3. Téléverser les pièces justificatives numérisées (PDF, JPEG).
  4. Valider et transmettre le dossier au BAJ compétent.

La demande en ligne présente deux avantages : le suivi du dossier en temps réel (statut consultable dans l'espace personnel) et la réception directe de la décision par voie dématérialisée. La décision du BAJ a la même valeur juridique qu'elle soit rendue sur support papier ou numérique.

💡 À noter : Si vous rencontrez des difficultés avec le portail en ligne, le formulaire papier reste une alternative parfaitement valable. Les deux canaux de dépôt coexistent et aucune voie n'est privilégiée par l'administration.

La procédure d'un divorce amiable est la plus rapide et peut être facilitée par ces outils en ligne.

Répartition des frais quand un seul époux bénéficie de l'aide juridictionnelle

Cette règle constitue le point le plus méconnu de l'articulation entre divorce amiable et aide juridictionnelle. Source régulière de tensions au moment de la signature, elle mérite d'être comprise dès le début de la procédure.

Le principe est simple : la convention de divorce par consentement mutuel ne peut pas faire peser une charge disproportionnée sur l'époux le plus fragile économiquement. C'est pourquoi le législateur a prévu un garde-fou. Sa méconnaissance expose la convention à un refus de dépôt par le notaire, ce qui bloque toute la procédure.

La règle des 50 % inscrite dans la loi

La règle est énoncée par service-public.fr et trouve son fondement dans l'article 25 de la loi du 10 juillet 1991. Elle dispose que la convention de divorce ne peut pas mettre à la charge de l'époux bénéficiaire de l'aide juridictionnelle plus de la moitié des frais totaux du divorce.

Concrètement, l'époux qui bénéficie de l'aide juridictionnelle totale ou partielle ne peut jamais être tenu de payer plus de 50 % des frais globaux : honoraires des deux avocats, émoluments du notaire, frais de commissaire de justice éventuels.

Cette protection joue dans le sens du bénéficiaire seulement. L'autre époux peut parfaitement supporter plus de 50 % des frais si la convention le prévoit et qu'il y consent librement. Aucun plafond ne limite sa participation, sauf accord contraire entre les parties.

Les avocats doivent veiller à cette règle au moment de rédiger la clause de répartition des frais dans la convention. Une clause non conforme exposerait la convention à l'irrégularité et empêcherait son dépôt chez le notaire.

Exemple concret : que paie chaque époux ?

Prenons un cas concret pour illustrer le mécanisme.

Situation : Madame A et Monsieur B divorcent par consentement mutuel. Madame A, sans emploi, obtient l'aide juridictionnelle totale. Monsieur B, cadre salarié, n'y a pas droit. Chacun choisit son avocat.

Honoraires : l'avocat de Madame A est rémunéré par l'État selon le barème AJ (elle ne paie rien). L'avocat de Monsieur B facture 2 000 € TTC d'honoraires au titre de la procédure. Le notaire perçoit 50,40 € TTC pour le dépôt de la convention.

Frais totaux du divorce : 2 000 € (avocat B) + 50,40 € (notaire) = 2 050,40 €. Les honoraires de l'avocat de Madame A ne sont pas comptabilisés dans les frais totaux puisqu'ils sont directement réglés par l'État.

Application de la règle des 50 % : Madame A ne peut pas être tenue de payer plus de 2 050,40 ÷ 2 = 1 025,20 €. La convention peut par exemple prévoir que Monsieur B prend en charge 100 % des frais, ou que Madame A contribue à hauteur de 500 € et Monsieur B le solde de 1 550,40 €. Ces deux options sont valides car la contribution de Madame A reste inférieure à la moitié.

Ce qui serait interdit : une clause imposant à Madame A de régler 1 500 €, soit plus de 50 % du total. Cette clause serait contraire à la loi et le notaire refuserait le dépôt.

Il est crucial de bien comprendre le prix d'un divorce amiable chez le notaire pour éviter les surprises lors de la répartition des frais.

Les erreurs courantes qui font rejeter une demande d'aide juridictionnelle

Le dépôt de la demande d'aide juridictionnelle paraît simple sur le papier, mais en pratique, trois erreurs reviennent systématiquement dans les refus opposés par les BAJ. Les connaître permet d'économiser des semaines de retard et un stress inutile au moment où la procédure de divorce devrait avancer.

Les avocats spécialisés en droit de la famille observent que près d'un tiers des dossiers incomplets ou mal renseignés font l'objet d'une demande de pièces complémentaires, ce qui suspend le délai de traitement. La conséquence directe : la convention de divorce ne peut pas être finalisée tant que la décision du BAJ n'est pas rendue.

Dossier incomplet : la cause n°1 de refus ou de retard

Un dossier incomplet est la cause la plus fréquente de retard ou de rejet. Le BAJ n'a pas l'obligation de réclamer les pièces manquantes : il peut simplement rejeter la demande si le dossier ne permet pas d'apprécier les ressources.

Les omissions récurrentes incluent :

  • l'absence du relevé de livret A ou d'un compte épargne (le BAJ vérifie tous les avoirs, pas seulement le compte courant) ;
  • l'oubli de déclarer les revenus du concubin, alors que la vie commune n'est pas rompue ;
  • la production d'un avis d'imposition périmé (le BAJ exige le dernier avis disponible, pas celui d'il y a deux ans) ;
  • l'absence de justificatif de domicile récent.

La solution : utiliser la checklist des pièces figurant sur le Cerfa lui-même, et joindre chaque document mentionné, même si sa pertinence paraît discutable. Un dossier trop fourni n'est jamais sanctionné ; un dossier lacunaire l'est systématiquement.

Ressources sous-estimées ou mal déclarées

Le BAJ examine les ressources au sens large, pas seulement les revenus déclarés au fisc. Trois écueils fragilisent régulièrement les demandes :

  • Oubli des revenus du patrimoine : dividendes, intérêts d'épargne, loyers perçus. Ces sommes figurent sur l'avis d'imposition, mais le BAJ peut les recalculer à partir des relevés bancaires si elles paraissent sous-évaluées.
  • Sous-estimation des ressources du conjoint : le BAJ additionne les revenus du couple tant que le divorce n'est pas prononcé et que la vie commune perdure. Une séparation de fait doit être prouvée (double domiciliation, attestations).
  • Déclaration inexacte du patrimoine : omettre un bien immobilier locatif ou un portefeuille titres. Le BAJ peut croiser certaines données avec l'administration fiscale.

Une bonne compréhension des ressources et du prix d'un divorce par consentement mutuel est donc essentielle.

Une déclaration inexacte expose à un refus immédiat, et potentiellement à une suspicion de fraude qui compliquera toute nouvelle demande.

Déposer la demande trop tard : une erreur fréquente

La date de dépôt de la demande est cruciale. L'aide juridictionnelle couvre les frais engagés après son octroi, pas ceux déjà exposés. Déposer sa demande après avoir déjà signé la convention de divorce constitue une erreur fatale :

  • La convention signée vaut engagement des frais. Le BAJ considère que la procédure est déjà close et rejette la demande.
  • Même si l'avocat a accepté d'attendre la décision du BAJ avant d'encaisser ses honoraires, le caractère rétroactif de l'aide n'est pas garanti. La décision du BAJ peut couvrir les actes antérieurs au dépôt, mais uniquement si la demande a été formulée avant l'engagement de la procédure.

Le bon séquencement : 1) accord des époux sur le principe du divorce, 2) dépôt de la demande d'AJ, 3) obtention de la décision, 4) choix définitif des avocats, 5) rédaction et signature de la convention, 6) dépôt chez le notaire.

Déposer trop tard expose aussi à un refus pour un motif simple : si les honoraires ont déjà été réglés, l'aide juridictionnelle n'a plus d'objet.

Simulation et outils pour estimer son éligibilité avant de déposer le dossier

Avant même de choisir un avocat, il est possible de vérifier son éligibilité à l'aide juridictionnelle grâce aux outils en ligne mis à disposition par le ministère de la Justice.

Le simulateur officiel accessible sur justice.fr et sur le portail aidejuridictionnelle.justice.fr permet d'obtenir une estimation immédiate, sans engagement. Il suffit de renseigner : situation familiale, nombre de personnes à charge, revenu fiscal de référence figurant sur le dernier avis d'imposition, et valeur approximative du patrimoine mobilier et immobilier.

Le simulateur indique en temps réel le taux d'aide probable (totale, 55 %, 25 %) ou le risque de refus. Cette estimation, bien que non contraignante pour le BAJ, donne une orientation fiable à plus de 90 % si les données saisies sont exactes.

Deux précautions pratiques :

  • Effectuer la simulation avant de prendre rendez-vous avec un avocat, pour ne pas s'engager verbalement sans connaître sa situation.
  • Vérifier que l'avocat pressenti accepte les missions d'aide juridictionnelle. Tous les avocats n'y participent pas : certains refusent en raison de la faible rémunération du barème AJ. Le BAJ peut désigner un avocat d'office si le demandeur n'en a pas trouvé, mais ce choix subi est rarement optimal.

💡 À noter : L'avocat choisi doit être inscrit à un barreau français et avoir accepté le principe des missions AJ. La liste des avocats participant à l'aide juridictionnelle est consultable auprès du BAJ ou de l'ordre des avocats local.

Divorce amiable avec aide juridictionnelle : récapitulatif de la procédure complète

La chronologie ci-dessous synthétise l'ensemble des étapes, du projet de divorce jusqu'au dépôt de la convention chez le notaire. Elle intègre l'aide juridictionnelle au bon stade de la procédure.

  1. Accord sur le principe du divorce : les deux époux confirment leur consentement mutuel et s'accordent sur les conséquences (partage des biens, résidence des enfants, pension alimentaire éventuelle).
  2. Simulation d'éligibilité : chaque époux vérifie s'il peut prétendre à l'aide juridictionnelle via le simulateur en ligne.
  3. Dépôt de la demande d'AJ : formulaire Cerfa 16146*03 complété avec les pièces justificatives, remis au BAJ du tribunal judiciaire du domicile. Une demande par époux concerné.
  4. Attente de la décision : le BAJ notifie sa décision par courrier ou par voie dématérialisée. Délai variable de 15 jours à 3 mois.
  5. Choix des avocats : chaque époux désigne son propre avocat, impérativement distinct. Les avocats doivent accepter l'AJ pour l'époux bénéficiaire.
  6. Rédaction de la convention : les deux avocats rédigent la convention de divorce, en intégrant la règle des 50 % si un seul époux bénéficie de l'AJ.
  7. Signature de la convention : les époux signent avec leurs avocats respectifs. Un délai de réflexion de 15 jours court à compter de cette signature.
  8. Dépôt chez le notaire : une fois le délai de 15 jours écoulé, la convention est déposée au rang des minutes du notaire. Ce dépôt donne date certaine au divorce.

Chaque époux doit avoir son propre avocat : la loi interdit qu'un seul avocat représente les deux parties dans un divorce par consentement mutuel. Cette exigence vaut même si les époux sont parfaitement d'accord sur tous les points.

Fiche pratique

Loi de référenceLoi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
FormulaireCerfa 16146*03 (demande d'aide juridictionnelle)
Organisme compétentBureau d'aide juridictionnelle (BAJ) du tribunal judiciaire du domicile
Dépôt en ligneaidejuridictionnelle.justice.fr
Plafond AJ totale (2026)Revenu fiscal de référence ≤ 12 957 € / an (majoration 1 473 € par personne à charge)
Plafond AJ à 55 % (2026)RFR ≤ 15 316 € / an
Plafond AJ à 25 % (2026)RFR ≤ 19 433 € / an
Délai indicatif de traitement15 jours à 3 mois selon le BAJ (variable, aucun délai légal garanti)
Règle clé divorce amiable + AJLa convention ne peut mettre à la charge de l'époux bénéficiaire plus de 50 % des frais totaux du divorce
ContactBAJ du tribunal judiciaire ou 0806 80 08 00 (service d'accueil téléphonique du justiciable)

Sources

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions fréquentes

Qui a droit à l'aide juridictionnelle pour un divorce ?

L'aide juridictionnelle est ouverte aux personnes de nationalité française, aux ressortissants de l'UE et aux étrangers en situation régulière justifiant d'une résidence habituelle en France. Les ressources du demandeur ne doivent pas dépasser un plafond fixé chaque année par la loi. Pour 2026, le revenu fiscal de référence mensuel maximal est de 1 295 € pour l'aide totale et 1 943 € pour l'aide à 25 %. Ces seuils sont majorés de 147 € par personne à charge.

Quels sont les honoraires d'un avocat pour un divorce à l'amiable ?

Les honoraires d'un avocat pour un divorce par consentement mutuel varient généralement entre 1 200 € et 2 500 € par époux selon la complexité du dossier et la région. Ce montant couvre la rédaction de la convention de divorce, les échanges entre avocats, et l'assistance lors de la signature. Avec l'aide juridictionnelle totale, l'État prend intégralement en charge ces honoraires dans la limite d'un barème réglementé.

Comment divorcer à l'amiable gratuitement ?

Un divorce totalement gratuit est rare, même avec l'aide juridictionnelle totale. Si les deux époux obtiennent l'AJ totale, les honoraires d'avocats et les frais de dépôt chez le notaire sont couverts. En revanche, des frais résiduels peuvent subsister : émoluments du notaire pour l'enregistrement de la convention (environ 50 € TTC, parfois pris en charge), frais de signification, ou droits fiscaux. L'aide juridictionnelle ne garantit pas un coût zéro dans tous les cas.

Quel est le prix d'un divorce avec aide juridictionnelle ?

Avec l'aide juridictionnelle totale, l'époux bénéficiaire ne paie aucun honoraire d'avocat. Le notaire perçoit un émolument fixe de 50,40 € TTC pour le dépôt de la convention. Si l'autre époux ne bénéficie pas de l'aide, il règle ses propres honoraires d'avocat et au minimum la moitié des frais totaux du divorce. Le reste à charge pour le bénéficiaire se limite donc généralement à quelques dizaines d'euros de frais annexes.