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Divorce et partage des biens : règles, régimes et droit de partage expliqués

Divorce et partage des biens : régime matrimonial, biens communs, soulte, droit de partage à 1,1 %... Toutes les règles expliquées clairement pour protéger

Laure LaurentLaure Laurent 20 min de lecture
Divorce des propriétaires et partage du logement

Lors d'un divorce, chaque époux reprend ses biens propres (acquis avant le mariage ou par donation/succession). Les biens communs (acquis pendant l'union) sont partagés par moitié après déduction des dettes. Un droit de partage de 1,1 % (taux 2026) s'applique à la valeur nette partagée.

Le partage des biens lors d'un divorce obéit à une règle simple en apparence : chaque époux récupère ses biens propres, et les biens communs sont divisés par moitié. En pratique, la liquidation du régime matrimonial dépend entièrement de l'existence ou non d'un contrat de mariage et de la nature de votre patrimoine (immobilier, comptes bancaires, dettes). C'est une étape cruciale, souvent source de conflits, qui nécessite de bien comprendre les mécanismes légaux pour préserver vos intérêts financiers.

Ce qu'il faut retenir

  • Le régime légal par défaut est la communauté réduite aux acquêts : tout ce qui est acheté pendant le mariage est commun.
  • Le partage des biens immobiliers nécessite obligatoirement l'intervention d'un notaire pour rédiger un état liquidatif.
  • Un droit de partage de 1,1 % est appliqué sur la valeur nette des biens partagés (actif moins les dettes).
  • La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 facilite la sortie de l'indivision en cas de désaccord sur le partage d'un bien.
  • Sans contrat de séparation de biens, prouver la propriété exclusive d'un bien acquis pendant le mariage est essentiel pour éviter son partage.

Ce que dit la loi : les principes fondamentaux du partage des biens lors d'un divorce

Le prononcé du divorce entraîne systématiquement la dissolution du régime matrimonial et donc la nécessité de répartir le patrimoine. Le Code civil pose les principes directeurs de cette opération. Conformément à l'article 263 du Code civil, le Juge aux affaires familiales (JAF) ordonne la liquidation et le partage des intérêts patrimoniaux des époux. La règle fondamentale est double : d'une part, chaque conjoint reprend ses biens propres, c'est-à-dire ceux qu'il possédait avant le mariage ou qu'il a reçus par donation ou succession pendant l'union. D'autre part, la masse des biens communs, acquis durant le mariage, doit être partagée en deux parts égales.

Cette répartition vise à équilibrer les droits de chacun, quel que soit le type de divorce (amiable ou contentieux). Pour les biens dont la propriété exclusive ne peut être prouvée par aucun des conjoints, l'article 1538 du Code civil établit une présomption : ils sont considérés comme appartenant aux deux époux en indivision, chacun pour moitié. La complexité réside souvent dans la preuve de l'origine des fonds ayant servi à acquérir un bien, ce qui rend l'assistance d'un avocat particulièrement précieuse. Pour un divorce à l'amiable avec bien immobilier, les époux s'accordent sur cette répartition dans leur convention.

Biens propres vs biens communs : la distinction essentielle

La distinction entre biens propres et biens communs est la pierre angulaire de toute liquidation de régime matrimonial. Sans cette clarification, aucun partage juste n'est possible.

  • Les biens propres : Il s'agit des biens que chaque époux possédait avant de se marier. S'y ajoutent ceux reçus personnellement par héritage, legs ou donation pendant le mariage. Les biens acquis avec des fonds propres, à condition de l'avoir expressément déclaré dans l'acte d'achat (clause de remploi), conservent également ce statut.
  • Les biens communs : Cette catégorie inclut tous les biens (mobiliers ou immobiliers), les revenus des époux (salaires, bénéfices professionnels) et les économies réalisées durant le mariage. Selon l'article 1401 du Code civil, tout bien est présumé commun si l'on ne prouve pas qu'il est propre à l'un des époux. C'est le régime par défaut, dit de la communauté réduite aux acquêts.

Les dettes entrent-elles aussi dans le partage ?

Oui, le passif est traité comme l'actif : les dettes contractées pendant le mariage sont considérées comme des dettes communes et doivent être prises en compte dans la liquidation. Cela concerne aussi bien un crédit immobilier pour la résidence principale qu'un prêt à la consommation pour l'achat d'un véhicule familial. Chaque époux est tenu de la moitié des dettes communes, même si un seul des deux a signé le contrat de prêt (sauf exceptions, comme les dettes manifestement excessives contractées par un seul époux). L'inventaire du passif est donc une étape aussi importante que celui de l'actif. Le notaire déduira le total des dettes communes de la valeur totale des biens communs pour obtenir l'actif net à partager. Une dette contractée avant le mariage reste en revanche une dette propre à celui qui l'a souscrite.

Quel régime matrimonial s'applique à votre divorce ?

Le mode de partage de votre patrimoine dépend intégralement du régime matrimonial que vous aviez choisi, ou de celui qui s'applique par défaut. Ce cadre juridique définit quelles sont les règles de propriété applicables aux biens durant le mariage et, par conséquent, lors de sa dissolution. Trois régimes principaux coexistent en droit français, chacun avec des conséquences très différentes sur la liquidation. Comprendre celui qui régit votre union est la première étape pour anticiper le déroulement du partage et identifier les points de négociation ou de vigilance. C'est souvent l'absence de contrat de mariage qui mène à des surprises, car beaucoup ignorent les implications du régime légal par défaut. Vous pouvez consulter notre guide sur le partage des biens en cas de divorce selon le régime pour plus de détails.

La communauté légale réduite aux acquêts (régime par défaut)

En l'absence de contrat de mariage signé devant notaire, les époux sont automatiquement soumis au régime de la communauté légale, dite "réduite aux acquêts". C'est le cas le plus fréquent en France.

  • Ce qui est commun : Tous les biens achetés par les époux pendant le mariage, ensemble ou séparément, ainsi que tous leurs revenus (salaires, gains professionnels). Peu importe qui a financé l'achat ; si les fonds proviennent des salaires perçus durant l'union, le bien est commun.
  • Ce qui reste propre : Les biens que chaque époux possédait avant le mariage et ceux reçus par donation ou succession pendant le mariage. Lors du divorce, l'ensemble des biens communs, après déduction des dettes communes, est partagé par moitié entre les conjoints.

Le régime de séparation de biens : chacun reste propriétaire

Ce régime, qui doit faire l'objet d'un contrat de mariage, établit une séparation stricte des patrimoines. Durant le mariage, il n'existe pas de masse de biens communs. Chaque époux reste l'unique propriétaire des biens qu'il achète avec ses revenus et gère seul son patrimoine. Les salaires et gains restent personnels. En cas de divorce, il n'y a donc, en principe, pas de partage à effectuer, car il n'y a pas de biens communs. Chaque époux repart avec ce qui lui appartient. La seule complexité surgit pour les biens achetés en indivision (par exemple, la résidence principale achetée à 50/50). Comme le précise l'article 1538 du Code civil, un bien sur lequel aucun époux ne peut justifier une propriété exclusive est réputé leur appartenir indivisément pour moitié.

Le régime de participation aux acquêts : un cas intermédiaire

Plus rare, ce régime hybride fonctionne comme une séparation de biens pendant le mariage, mais à sa dissolution, il révèle un aspect communautaire. Durant l'union, chaque époux gère et enrichit son patrimoine personnellement. Au moment du divorce, on compare le patrimoine final de chaque époux avec son patrimoine originel (ce qu'il avait au jour du mariage). Celui qui s'est le moins enrichi a le droit de recevoir une "créance de participation", qui correspond généralement à la moitié de la différence d'enrichissement entre les deux patrimoines. La liquidation, régie par les articles 1569 et suivants du Code civil, est complexe et requiert quasi systématiquement l'expertise d'un notaire et d'un avocat spécialisé.

Comment calculer le partage des biens en cas de divorce ?

Le calcul du partage des biens suit une méthode comptable rigoureuse. Il s'agit d'abord de lister et d'évaluer tout le patrimoine commun (l'actif), puis de lister toutes les dettes communes (le passif). La différence entre les deux donne l'actif net partageable, qui sera ensuite divisé en deux parts égales. Ce processus est appelé l'établissement de l'état liquidatif.

💡 À noter : Cette opération est réalisée à l'amiable par les époux et leurs avocats, ou, en cas de désaccord ou de présence d'un bien immobilier, par un notaire. En cas de blocage persistant, c'est le tribunal qui tranchera.

Étape 1 : inventorier l'actif et le passif communs

La première étape est purement comptable. Il faut dresser une liste exhaustive de tous les éléments possédés par la communauté à la date des effets du divorce.

  • L'actif commun comprend typiquement : les biens immobiliers (résidence principale, secondaire, investissements locatifs), les soldes des comptes bancaires (comptes courants joints, livrets d'épargne), les placements (portefeuilles-titres, PEA), les véhicules, les meubles de valeur, etc.
  • Le passif commun inclut : le capital restant dû sur les crédits immobiliers, les soldes des prêts à la consommation, les découverts bancaires, les dettes fiscales (impôt sur le revenu, taxe foncière) et toute autre dette contractée pour les besoins du ménage. Chaque élément doit être documenté avec des justificatifs (relevés de compte, tableaux d'amortissement, etc.).

Étape 2 : évaluer les biens immobiliers et mobiliers

L'évaluation correcte des biens est cruciale pour un partage équitable. Pour les biens immobiliers, il est fortement recommandé de faire appel à un ou plusieurs agents immobiliers, voire à un expert immobilier, pour obtenir une estimation de la valeur vénale au plus proche du marché actuel. Pour les véhicules, la cote Argus est une référence. Les meubles et objets de valeur peuvent être estimés par un commissaire-priseur si nécessaire. Les placements financiers sont évalués à leur valeur de rachat ou leur cours à la date de la jouissance divise (généralement la date de l'ordonnance de non-conciliation ou du jugement de divorce). Une sous-évaluation ou sur-évaluation d'un bien peut léser l'un des conjoints, notamment dans le calcul de la soulte.

Étape 3 : calculer la soulte si un époux conserve le logement

La soulte est une somme d'argent qu'un époux doit verser à l'autre pour compenser une attribution inégale des biens. C'est le cas le plus courant lorsqu'un des conjoints souhaite conserver la résidence principale. Prenons un cas concret :

  • Un couple marié sous le régime de la communauté.
  • Actif commun : une maison estimée à 400 000 €.
  • Passif commun : un crédit immobilier avec un capital restant dû de 100 000 €.
  • Actif net de la communauté : 400 000 € - 100 000 € = 300 000 €.
  • Part de chaque époux : 300 000 € / 2 = 150 000 €. Si l'épouse souhaite conserver la maison, elle reçoit un bien d'une valeur nette de 300 000 €, alors que sa part n'est que de 150 000 €. Pour rétablir l'équilibre, elle devra verser une soulte de 150 000 € à son ex-conjoint. Elle reprendra également le crédit immobilier à sa seule charge. Ce mécanisme est une opération de partage au sens de l'article 1476 du Code civil. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur les règles de la soulte lors d'un divorce.

Le droit de partage à 1,1 % : combien ça coûte concrètement ?

Le droit de partage est un impôt prélevé par l'État sur la valeur des biens qui sont effectivement partagés. Depuis le 1er janvier 2022, son taux est fixé à 1,1 % de l'actif net partagé. Il est généralement payé au notaire qui le reverse au Trésor Public. Reprenons notre exemple précédent :

  • Actif net partagé : 300 000 €.
  • Calcul du droit de partage : 300 000 € x 1,1 % = 3 300 €. Cette somme s'ajoute aux autres frais, comme les émoluments du notaire. Elle est en principe due par les deux époux, à hauteur de moitié chacun, sauf accord contraire dans la convention de divorce. Le coût d'un divorce avec bien immobilier en 2026 doit impérativement intégrer ce droit de partage.

⚠️ Attention : L'assiette de calcul de ce droit est bien l'actif NET, c'est-à-dire la valeur des biens MOINS les dettes communes. Omettre de déduire le passif est une erreur coûteuse.

Partage des biens immobiliers après un divorce : procédure étape par étape

La présence d'un bien immobilier dans le patrimoine à partager complexifie la procédure de divorce. Que le bien soit vendu ou conservé par l'un des époux, le processus est encadré par des étapes obligatoires et implique nécessairement l'intervention d'un officier public. Les délais peuvent s'allonger considérablement en cas de désaccord sur la valeur du bien ou sur le principe même du partage. Les effets du divorce, en ce qui concerne les biens, remontent à la date fixée par le juge, comme l'a rappelé une décision du tribunal judiciaire de Nanterre le 27 juillet 2026. Cette date est cruciale car elle fige la composition du patrimoine à partager.

Le rôle incontournable du notaire pour l'immobilier

Dès lors qu'un bien immobilier (maison, appartement, terrain) fait partie du patrimoine commun, le recours à un notaire est obligatoire. Son rôle est multiple :

  • Authentifier l'accord : Il rédige l'acte de partage qui formalise la répartition des biens et le rend opposable aux tiers.
  • Garantir la sécurité juridique : Il vérifie la propriété des biens, la situation hypothécaire et effectue les formalités de publicité foncière.
  • Conseiller les parties : Il explique les conséquences juridiques et fiscales du partage et peut aider à trouver une solution équilibrée.
  • Calculer les frais : Il calcule le montant de la soulte, le droit de partage et ses propres émoluments. Même dans un divorce par consentement mutuel, si un bien immobilier est concerné, la convention de divorce doit inclure un état liquidatif notarié.

L'état liquidatif : contenu et délais

L'état liquidatif est le document comptable et juridique central dressé par le notaire. Il contient :

  • L'inventaire et l'estimation de tous les biens de la communauté (actif).
  • Le décompte de toutes les dettes communes (passif).
  • Le calcul des droits de chaque époux (les "récompenses" si la communauté doit de l'argent à un époux, ou inversement).
  • La proposition de partage concrète, avec le calcul de la soulte éventuelle. En divorce contentieux, le juge peut accorder un délai aux époux pour présenter un projet d'état liquidatif. Ce délai est souvent d'un an après que le divorce est devenu définitif. Il est important de respecter le délai légal pour le partage des biens après divorce.

Que se passe-t-il en cas de désaccord entre époux ? (indivision forcée et loi 2026)

Le désaccord est le principal facteur de blocage. Si les époux ne s'entendent pas sur la valeur du bien, sa vente ou son attribution, ils restent en "indivision post-communautaire". Cette situation peut durer des années et générer des frais. Pour en sortir, la solution est souvent judiciaire : le juge peut ordonner la vente aux enchères du bien (licitation).

📌 Important : La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, publiée au Journal Officiel (JORFTEXT000053773159), vise à simplifier la sortie de l'indivision. Elle permet désormais au tribunal judiciaire, en cas d'opposition d'un indivisaire, d'autoriser l'aliénation ou le partage du bien pour surmonter le blocage. Cette nouvelle disposition pourrait accélérer de nombreuses procédures conflictuelles.

Divorce partage des biens et compte bancaire : sort des avoirs financiers

La question du sort des comptes bancaires est l'une des plus sensibles et immédiates lors d'une séparation. Qu'il s'agisse d'un compte joint ou de comptes individuels, les règles du régime matrimonial s'appliquent ici aussi. La gestion de ces avoirs pendant la procédure de divorce doit être prudente pour éviter les accusations de détournement ou de recel de communauté, qui peuvent avoir de lourdes conséquences sur le partage final. Il est essentiel de distinguer la titularité du compte (le nom qui y figure) de la propriété des fonds qui s'y trouvent.

Compte joint : qui peut bloquer, qui peut vider ?

Un compte joint fonctionne sur le principe de la solidarité active et passive. Chaque cotitulaire peut disposer de la totalité des fonds sans l'accord de l'autre.

  • Qui peut le vider ? Chaque époux a le droit de retirer l'intégralité des sommes. Cependant, celui qui le fait devra justifier de l'utilisation des fonds. S'ils ont été utilisés pour des dépenses personnelles sans lien avec la communauté, il pourrait être condamné à rembourser la moitié à son conjoint. Vider le compte juste avant la séparation est une très mauvaise idée, qualifiable de recel de communauté.
  • Comment le bloquer ? Le plus sûr est de "dénoncer" le compte joint auprès de la banque. Dès réception d'un courrier recommandé de l'un des époux, la banque transformera le compte en compte indivis. Il faudra alors la signature des deux conjoints pour chaque opération. C'est une mesure de protection indispensable. Les fonds sur ce compte au jour de la dissolution du mariage sont présumés communs et partageables par moitié.

Livrets d'épargne, PEA et assurance-vie : traitement spécifique

Le traitement de l'épargne dépend de la date et de l'origine des fonds l'ayant constituée.

  • Livrets d'épargne (Livret A, LDD...) : Même s'ils sont au nom d'un seul époux, les fonds versés pendant le mariage avec les revenus du travail sont communs. Le capital sera donc partagé.
  • Plan d'Épargne en Actions (PEA) : Le PEA est personnel, mais sa valeur (le capital et les plus-values) entre dans la communauté s'il a été alimenté par des fonds communs. C'est la valeur de rachat au jour du partage qui compte.
  • Assurance-vie : C'est un cas complexe. Si le contrat a été souscrit par un seul époux et alimenté avec des fonds communs, la valeur de rachat du contrat au jour de la dissolution du mariage tombe dans la communauté et doit être partagée. L'époux non-souscripteur a droit à la moitié de cette valeur. Des exceptions existent pour les contrats souscrits avant le mariage et alimentés par des fonds propres.

Comment ne pas partager ses biens en cas de divorce : les stratégies légales

Il n'est pas possible de "ne pas partager" les biens communs, mais il est tout à fait légal de structurer son patrimoine pour que certains biens n'entrent pas dans la communauté et ne soient donc pas soumis au partage. La clé réside dans l'anticipation, via un contrat de mariage, et dans la traçabilité rigoureuse des fonds et des biens tout au long de l'union. L'objectif est de pouvoir prouver, sans ambiguïté, le caractère "propre" d'un bien. Sans preuve formelle, la présomption de communauté l'emporte presque toujours devant un juge. Il est donc possible de préparer un modèle de lettre pour le partage des biens lors d'un divorce en listant ces biens.

Adopter ou modifier son contrat de mariage avant la crise

La solution la plus efficace est de signer un contrat de mariage de séparation de biens avant l'union. Dans ce régime, il n'y a pas de patrimoine commun, donc pas de partage au moment du divorce. Chaque époux conserve la propriété des biens qu'il acquiert. Si aucun contrat n'a été signé, il est possible de changer de régime matrimonial pendant le mariage (après deux ans d'application du régime initial). Cette procédure, qui nécessite l'accord des deux époux et l'intervention d'un notaire, peut permettre de passer d'un régime communautaire à un régime séparatiste pour protéger un patrimoine professionnel ou des biens futurs. C'est une démarche à envisager bien avant que la crise conjugale ne s'installe.

La preuve de propriété exclusive : ce que le juge exige

Pour qu'un bien reste propre, il ne suffit pas de l'affirmer. Il faut le prouver. Les juges exigent des preuves écrites et irréfutables.

  • Pour les biens possédés avant le mariage : L'acte de propriété ou les factures datant d'avant l'union sont des preuves suffisantes.
  • Pour les biens reçus par donation ou succession : L'acte de donation ou la déclaration de succession notariée est indispensable.
  • Pour les biens achetés pendant le mariage avec des fonds propres : C'est le point le plus délicat. Il faut une double preuve : la preuve de l'origine propre des fonds (ex: relevé de compte montrant le virement d'une somme héritée) ET la mention expresse dans l'acte d'achat qu'il s'agit d'un "emploi" ou "remploi" de fonds propres, comme l'exige l'article 1436 du Code civil.

Erreur fréquente : le remploi non déclaré (piège et conséquence concrète)

L'erreur la plus fréquente et la plus lourde de conséquences concerne le remploi non déclaré. Un époux reçoit une somme d'argent par héritage (fonds propres). Il utilise cet argent pour financer l'achat d'un appartement pendant son mariage sous le régime de la communauté. S'il omet de faire insérer une "clause de remploi" par le notaire dans l'acte de vente, le bien immobilier sera présumé commun. En cas de divorce, même s'il peut prouver l'origine des fonds, le bien sera partagé. Il pourra tout au plus réclamer une "récompense" (une créance) à la communauté, mais il perdra la propriété exclusive du bien et devra partager sa plus-value. C'est un piège classique qui peut coûter très cher.

Assignation en liquidation-partage après divorce : quand et comment y recourir

Lorsque le divorce est prononcé mais que les ex-époux ne parviennent pas à s'accorder sur le partage de leurs biens, une situation de blocage s'installe. Si aucune solution amiable n'est trouvée dans les délais impartis, l'un des deux peut prendre l'initiative de saisir le Juge aux affaires familiales. Cette procédure judiciaire vise à forcer la liquidation et le partage. Elle est engagée par une "assignation en liquidation-partage". C'est une démarche contentieuse, souvent longue et coûteuse, qui marque l'échec de la voie amiable. Elle est régie par les articles 840 et suivants du Code de procédure civile.

Une fois le jugement de divorce devenu définitif, les époux disposent en principe d'un délai d'un an pour procéder au partage. Ce délai peut être suspendu ou prorogé en cas de difficultés. Passé ce délai, la partie la plus diligente peut mettre en demeure l'autre partie de procéder au partage. Sans accord, la saisine du tribunal devient la seule option pour sortir de l'indivision post-communautaire. Il est crucial de ne pas laisser la situation s'enliser, car les biens indivis continuent de générer des frais (taxes, charges) et peuvent se déprécier. Pour en savoir plus, consultez notre guide sur le partage des biens après divorce délai.

Procédure devant le tribunal judiciaire

La procédure débute par une assignation délivrée par un commissaire de justice à l'autre ex-époux. L'avocat est obligatoire. Le demandeur doit présenter un projet d'état liquidatif détaillé. Le juge va d'abord tenter une conciliation. En cas d'échec, il statuera sur les points de désaccord (contestation sur la nature d'un bien, sa valeur, etc.). Conformément à l'article 267 du Code civil, le JAF peut désigner un notaire pour conduire les opérations de liquidation sous son contrôle. Le notaire convoquera les parties, tentera de trouver un accord et, à défaut, dressera un "procès-verbal de difficultés" que le juge tranchera. Le tribunal judiciaire est la juridiction compétente pour ces litiges.

Le rôle de l'avocat dans le partage des biens : ce qu'il peut (et ne peut pas) faire pour vous

L'avocat en droit de la famille est un allié stratégique indispensable tout au long du processus de partage des biens. Son rôle ne se limite pas à la représentation en justice en cas de litige. En amont, sa mission de conseil et de négociation est fondamentale pour parvenir à un accord équilibré et sécurisé, que ce soit dans le cadre d'un divorce amiable ou contentieux. Il est le garant de la protection de vos intérêts patrimoniaux face à des enjeux financiers qui peuvent être considérables.

Concrètement, l'avocat va analyser votre situation patrimoniale, vous expliquer les règles applicables selon votre régime matrimonial et évaluer les forces et faiblesses de votre dossier. Il vous aidera à rassembler les preuves nécessaires pour qualifier les biens (propres ou communs) et à négocier avec la partie adverse. Un point crucial de son intervention est la vérification de l'évaluation des biens et du calcul de la soulte. Une soulte mal évaluée peut soit vous léser financièrement, soit être impossible à financer, bloquant ainsi tout le processus. L'avocat s'assure que l'état liquidatif préparé par le notaire est conforme à vos droits avant que vous ne le signiez. Il ne peut pas garantir un résultat, mais il peut maximiser vos chances d'obtenir un partage juste.

Sources

Ces éléments sont d'ordre général et ne sauraient remplacer une consultation juridique. Pour un cas précis, adressez-vous à un avocat ou à un professionnel du droit.

Questions fréquentes

Comment est calculé le partage des biens en cas de divorce ?

Le calcul du partage des biens commence par l'inventaire de l'actif (biens) et du passif (dettes) de la communauté. La valeur nette est ensuite divisée par deux. Si un époux conserve un bien commun (ex: maison), il doit verser une soulte (compensation financière) à l'autre. Un droit de partage de 1,1 % (2026) s'applique sur la valeur nette partagée.

Comment ne pas partager ses biens en cas de divorce ?

Pour protéger ses biens personnels du partage, il faut soit avoir signé un contrat de mariage de séparation de biens, soit pouvoir prouver formellement le caractère "propre" d'un bien. Cela inclut les biens possédés avant le mariage ou reçus par donation/succession, à condition de conserver les preuves d'origine des fonds et de faire une déclaration de remploi lors d'un nouvel achat.

Quel est le montant minimum du droit de partage en cas de divorce ?

Le droit de partage, fixé à 1,1 % de l'actif net partagé depuis le 1er janvier 2022, n'a pas de montant minimum légal. Son coût est directement proportionnel à la valeur des biens à partager. Pour un patrimoine net de 50 000 €, il s'élèvera à 550 €. Pour de très faibles valeurs, les frais d'acte notarié peuvent être plus significatifs.

Comment se déroule le partage des biens immobiliers après un divorce ?

Le partage d'un bien immobilier après divorce exige l'intervention d'un notaire. Celui-ci rédige un "état liquidatif" qui évalue le bien, calcule les droits de chaque époux et une éventuelle soulte. En cas d'accord, il établit l'acte de partage. En cas de désaccord, le juge peut ordonner le partage ou la vente forcée (licitation).